RDC: un député jugé pour viol, insurrection et crime contre l’humanité

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Le procès des cas de viol en masse sur une quarantaine d’enfants s’est ouvert vendredi à Bukavu dans l’Est de la République démocratique du Congo.

Parmi les 18 présumés auteurs à la barre figure le député provincial Fréderic Batumike.

Ils sont tous accusés d’appartenance à un mouvement insurrectionnel, viol et meurtre.

Ils sont aussi poursuivis pour le viol d’une quarantaine de mineurs selon le pasteur Djuka, principal témoin dans cette affaire.

La partie civile au procès qui se tient à Kavumu accuse le député Fréderic Batumike d’être derrière des miliciens dont les actions ont causé des morts parmi lesquels le défenseur des droits de l’homme Evariste Katali et un Allemand Walter Miller.

Ce dernier était opposé au député dans un conflit de propriété foncière.

Ce procès dans lequel la partie civile bénéficie du soutien de plusieurs organisations dont la Fondation Panzi du célèbre docteur Mukwege, va se dérouler pendant 20 jours, période après laquelle un jugement sera rendu par la cour militaire de Bukavu.

C’est un procès sans précédent qui s’ouvre ce jeudi matin à Kavumu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Au total, 18 personnes sont sur le banc des accusés de la justice militaire, dont le député provincial, Frédéric Batumike, tous accusés de participation à un mouvement insurrectionnel, de viol, de crime contre l’humanité. Ce député a été inculpé pour avoir entretenu une milice qui a attaqué des positions des forces de sécurité et a violé 46 victimes entre 2013 et 2016, des fillettes de moins de 10 ans, longtemps laissées seules face à leurs bourreaux.

Ce que raconte le collectif d’avocats des victimes, c’est ce long combat pour démontrer aux autorités politico-judiciaires que ces viols n’étaient pas des actes isolés, mais bien un crime de masse. Cette milice de Kavumu avait pourtant un mode opératoire bien établi puisque ses combattants violaient des petites filles, uniquement de moins de 10 ans parce que leur féticheur leur avait assuré que cela les protégerait contre les balles des militaires congolais.

Entre 2013 et 2016, ils s’en sont donc pris à une quarantaine de fillettes de Kavumu, la nuit, alors que les parents dormaient. Ces miliciens endormaient leurs victimes avec une drogue, racontent les avocats. La plus jeune des victimes avait à peine un an. Toutes sont aujourd’hui traumaisés et certaines ne pourront jamais avoir d’enfants.

Mais jusqu’en 2015, le procureur de Kavumu, explique le collectif, est resté sourd à leurs requêtes et traitait chaque affaire de viol de manière séparée. Finalement avec l’appui d’ONG locales et internationales, ces victimes ont fini par être entendues par la justice militaire congolaise et le gouvernement central, qui s’est impliqué pour obtenir la levée d’immunité du député Batumike, malgré les réticences de l’Assemblée provinciale. C’est d’ailleurs le bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme qui finance la tenue de ce procès?

Vers la fin de l’impunité ?

Ce qui a permis l’arrestation du député provincial Frédéric Batumike, c’est l’implication de la conseillère spécial du chef de l’Etat, Jeanine Mabunda et surtout celle du ministre de la Justice Alexis Thambwe qui a insisté auprès de l’Assemblée provinciale du Sud-Kivu.Et la présence de ce député sur le banc des accusés, c’est justement ce que saluent les avocats des victimes comme les ONG internationales. C’est notamment le cas de l’ONG Trial International, qui accompagne avec d’autres organisations les victimes dans ce procès.

Pour son chef de mission, Daniele Perissi, cette comparution est un nouveau pas dans la lutte contre l’impunité : « Effectivement, le fait qu’un député provincial était aussi privé de son immunité démontre l’importance de l’application du principe que nul n’est au-dessus de la loi dans un pays où l’impunité, malheureusement, est encore trop présente. Et dans un pays dans lequel, effectivement, les politiques et militaires ne sont pas souvent inquiétés pour des crimes graves ».

Effectivement, c’est rare de voir des personnalités politiques être tenues pour responsables des crimes commis par les milices ou les groupes armés qu’elles entretiennent. Et pourtant, ces connexions – ministres, députés, officiers – sont souvent dénoncées par les ONG ou le groupe d’experts de l’ONU. Ces commanditaires sont rarement arrêtés. Du coup, les groupes armés passent, mais les dynamiques restent.

Le député Batumike n’est pas poursuivi que pour ces viols et sa participation à un mouvement insurrectionnel. Il est aussi accusé de l’assassinat d’un défenseur local des droits de l’homme, le 17 mars 2016. Et sans Evariste Kasali, et son acharnement à dénoncer ces crimes, ce procès n’aurait sans doute pas eu lieu. Il n’avait cessé de dénoncer ces actes atroces et l’inaction des autorités. Trois des accusés sont aujourd’hui jugé pour ce meurtre.

Chronologie et chiffres clés

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